Terra Incognita : jours d’été



Deux mois à peine nous séparent de notre précédent séjour sur l’île,
deux petits mois qui auront suffi à en changer la physionomie.

Les fougères semblent partout régner en maître. Elles sont denses, hautes - tant et si bien qu’il m’arrive d’y plonger jusqu’à la tête - et d’un vert profond contrastant avec le vert-jaune des hautes herbes.

Je suis partie avec du noir et blanc cette fois-ci. Moins que les couleurs - plus uniformes que durant les saisons passées - ce sont les textures et les lignes que j’ai voulu figer ; et toujours les moments, James projetant son regard, cadrant, cherchant.

Ce voyage est un peu différents des deux précédents puisque pour la première fois il ne s’agit plus de trouver mais de répéter : les lieux de prises de vues sont connus. Armé de tirages de références, James installe méticuleusement le trépied à des endroits qui sont les mêmes tout en étant différents, cherche des points de repères qui ont parfois disparu sous la végétation et attend.

Attend un moment plus opportun, un nuage ou une éclaircie, une autre lumière, parce que photographier le temps c’est aussi adapter sa temporalité. L’hiver avait été une course de vitesse, l’été est une épreuve d’endurance.

Le résultat est là…

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Summer’s here. It’s incredible how the island has changed in two months. Brackens are amazingly high and dense - sometimes higher than me!

I took only black and white films this time, to get the textures and the lines more than the summer greens; and of course to shoot the moments, always, the making of this project.

This trip has been quite different for James. For the first time it wasn’t about finding shots but repeating those made previously. Same places, different photographs.

As the days were longer and the sun higher, it’s also been a lot of wait. Photographing time requires time.

The photos are here…



Publiée dans Les Others #5



Le magazine de Les Others #5 a pour thème l’inattendu, l’aléatoire, les coïncidences et la sérendipité.

J’ai pour l’occasion écrit un article dédié à la photographie argentique et à ses aléas. ” Cadrer, armer, shooter” est une ode à l’imprévisible (en français et en anglais) !

Plusieurs de mes clichés argentiques pris ici en Écosse y sont aussi publiés.

Trouver le magazine sur le site de Les Others.

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The issue 5 of Les Others’ magazine is about unexpected, coincidences and serendipity.

I have written an article about the unforeseen in film photography. “Frame, wind up, shoot” is an ode to the fortuitous (and it’s both in French and in English)!

Several of the photographs I have taken here in Scotland are published too.

Find the magazine on Les Others’ website.


Terra Incognita : l’aventure continue


Quatre mois après notre première expédition, nous voilà de nouveau en train d’arpenter Jura. Un temps plus clément et des jours plus longs, il n’en faut pas plus pour que les lieux nous semblent moins hostiles.

Les sols sont inhabituellement secs ; la végétation, que nous avions laissée en latence, se réveille doucement. Les jaunes et les bruns ont fait place à des verts tendres. Dans quelques mois, à n’en pas douter, ces couleurs seront plus denses et soutenues.

Avec les beaux jours les randonneurs ont eux aussi refait leur apparition. C’est ainsi que nous croisons la route de Len, un gallois de 70 printemps. Amoureux de l’île, il vient s’y ressourcer chaque année depuis des décennies. Il aime y être seul, prendre le temps de contempler, de s’imprégner des lieux. Il échange toutefois volontiers avec nous des morceaux choisis de son histoire avec Jura.

Son premier voyage avec un groupe de jeunes dont il s’occupait, la construction de la cheminée qui, l’hiver dernier, a été chaque soir source de réconfort, l’évolution de la végétation, de la texture même du sol, bouleversements infimes que seul lui peut déceler, ces endroits où les Huîtriers aiment revenir chaque année faire leur nid, jusqu’au souvenir d’un sachet de thé qui pourrait bien devenir mythique : à travers les récits de Len, c’est une nouvelle dimension de la vie de l’île qui s’ouvre à nous.


Une rencontre incroyable que je regrette de n’avoir pas immortalisé en
images mais qui, en enrichissant notre regard sur l’île, vient un peu
plus nourrir le projet. Ce que nous appréhendions par le biais des cycles naturels et des temps géologiques acquiert une dimension humaine, non pas seulement historique mais aussi contemporaine et intime.

Jura se dévoile peu à peu, à son rythme. L’île prend son temps. Ce temps que James vient photographier…

– Les photos de cette aventure sont là !

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Four months after our first expedition, we are once again heading to Jura. The days are now longer and the yellows have turned to greens.

With the sunny days,  hikers have reappeared. We meet Len, a 70-year-old Jura lover, at the end of our third day on the isle. He’s come back on the west coast every year for decades. He likes to stay there alone, to take time to contemplate. However, he willingly tells us selected pieces of his story with Jura.

Through Len’s stories, it is a new dimension of island’s life that opened up to us. It has been an incredible encounter that I regret not having immortalized in images but that enriched the way we look at the island and the project. What we apprehended through natural cycles and geological time acquired a human dimension, not only historical but also contemporary and intimate.

Jura reveals itself each time more, little by little, at its own pace. The island takes its time. This time that James comes to photograph …

– Go to the photos

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